Pour John, pour Salomé, et pour tous les autres, la soirée du 24 Janvier dernier au Brin de Zinc marquait le grand retour du bruit associatif. Premier événement de l’année 2018 et symbole de la reprise d’activité de l’association après la trêve hivernale,  cette joyeuse sauterie intitulée « Break Your TV » s’inscrivait dans un cadre plus large que la stricte injonction de son titre aux accents doucement subversifs. Au-delà de la découverte artistique, transcendant la tranquille mollesse des hivers citadins, « Break Your TV » fut, en premier lieu, force de proposition. Muée par l’envie de proposer un plateau fort à la fois empreint de modernité et de psychédélisme comme c’est son credo, toute la petite équipe de l’association s’est remise bille en tête dans la joyeuse frénésie des préparatifs de soirée.

« Break Your TV » donc, et c’est très bien, mais une fois le poste de TV passé par la fenêtre du sixième, voilà que les sueurs froides prennent d’assaut l’humanoïde sans repères sorti brutalement de sa zone de confort : « Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir foutre ?… ». Le carcan désormais fracturé, béant aux pieds de l’’individu nouvellement désœuvré, il ne restait pas moins l’envie (ou peut-être la nécessité) de se délecter tout de même d’un instant d’évasion durement gagné à la fin de la journée. C’est dans ce but précis que John, toujours en concertation étroite avec la seule et unique Salomé, a fait appel à deux formations du bassin Lyonnais, les bien-nommés HangOyster et Two Faces, pour accueillir, féliciter et transporter les âmes braves en recherche, plus ou moins consciente, d’un trou de ver dans la monotonie latente d’un soir de semaine.

En première ligne et armés jusqu’aux dents, c’est le trio HangOyster qui a pris les rênes de la soirée. Les Lyonnais distillent une Electro-Pop sombre, au goût relevé par les machines et les sonorités électroniques qu’elles supposent. Investis, les musiciens d’HangOyster ont mis en place un set abouti et entraînant, dont la grande force à notre sens est d’exister dans un cadre aussi sérieux que décomplexé.

Sérieux car la démarche artistique du trio est palpable, parce que les dérives expérimentales à la limite du bruitisme éparpillées au sein du set ont une réelle vocation d’immersion dans l’univers des musiciens. Décomplexé car au-delà de la pure maîtrise de leurs outils, les HangOyster ont conscience de leur décalage et n’hésitent à aucun moment à jouer avec les codes, à tourner autour des germes de réticence, de mutisme ou même d’incompréhension que peut occasionnellement provoquer leur musique dans l’oreille d’un spectateur peu friand de démarche novatrice, qui n’aurait pas cassé sa TV depuis trop longtemps.

 

Si la dimension psychédélique des HangOyster a tendance à vite sauter aux tympans, on y décèlera tout de même des pointes d’inspirations bienvenues, empruntées à la Dance, l’Electro, le Punk ou le Trip-Hop. Le travail vocal renferme de son côté quelques beaux sursauts de bravoure et parvient régulièrement à surprendre au cours du Live, sans pour autant révolutionner profondément les codes du genre. HangOyster aura fait rire, grimacer parfois, fait perler la sueur sur les fronts et déhancher les corps. Reste que le parfum de leur musique a tendance à rapidement s’imprégner.

 

 

Comme des coureurs relais à qui l’on transmet un flambeau, les non-moins Lyonnais de Two Faces se sont ensuite appropriés l’espace scénique afin d’y entreprendre la danse des ombres qu’ils proposent désormais depuis quelques temps. Impressionnants non seulement par leur installation, dantesque en elle-même au point de ne jamais cesser de surprendre au cours de la performance, c’est toujours dans l’interprétation que les musiciens se démarquent. On ressent bien sûr la polyvalence, autant qu’on la constate sur scène d’ailleurs, du duo de chanteurs, percussionnistes, bassistes, claviéristes et machinistes dont les chemins s’entrecroisent au cours des titres.

Mais surtout on se délecte sans discontinuer, dans la mise en scène, le son et l’intention, du débordement de cette force qui se dégage de l’ensemble. Two Faces porte son public, c’est flagrant sur scène, en menant fermement la barre. Plusieurs changements de cap vers les contrées de la Pop telle qu’on la connait de l’autre côté de la Manche, vers les terres du rap et de la musique tribale ou encore des musiques de films, constituent le voyage de Two Faces. Au cours du périple, les matelots-spectateurs ballottent au gré de la houle. On apprécie autant les rafraîchissantes brises Pop que les tempêtes Électro qui s’abattent sur l’embarcation Two Faces, et la maîtrise du cap permet de garder l’ensemble de l’équipage sauf de tout mal de mer.

Loin d’une croisière ou d’un bateau marchand, ni pirates ni embarcation royale, la flotte du trio lyonnais laisse un sillage reconnaissable entre milles dans les eaux profondes du monde de la Trip-Hop. Un tour du monde qui change l’individu comme chaque voyage sait le faire, et lorsque que le dernier décibel fut craché dans l’air suant du Brin de Zinc, l’équipage fut unanime : “Quel voyage !”.

 

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