On vous l’avait dit, la semaine dernière se tenaient à Lyon ainsi qu’à Grenoble les deux soirées des auditions régionales du Printemps de Bourges 2018, qui pointera son nez la dernière semaine d’Avril. L’occasion pour nous comme pour beaucoup d’autres de venir (re)découvrir huit groupes de notre région (Rhône-Alpes) sélectionnés pour l’occasion et d’en faire profiter ceux qui n’auraient pas eu la possibilité de s’y rendre.

Nous nous concentrerons ici uniquement sur la soirée Lyonnaise de ces auditions (ça fait donc quatre groupes, vous suivez ?) dont nous déclinerons la chronique en deux parties, parce qu’on n’est pas des bêtes !

C’est donc le projet Saint Sadrill qui le premier montera sur les planches du Marché Gare de Lyon pour défendre son esthétique musicale. Projet sorti à la base du crâne fumant d’un des membres de l’excellente formation Chromb!, Saint Sadrill est désormais un ensemble de 6 musiciens et dispose sur scène d’une batterie impressionnante d’instruments en tous genres qui laissent présager, même avant les premières notes, d’une musique aux accents atypiques. D’ailleurs pour en parler, de la musique de Saint Sadrill, le spectateur n’aura que peu le loisir de se réfugier derrière la commode et de plus en plus obsolète tradition des étiquettes. De la Pop certes, du Jazz et de l’Electro à n’en pas douter, du Post-Rock, du Tribal et du Néo-Folk bien sûr, on peut retrouver de tout cela dans la musique du groupe.

Ce qui demeure intéressant, plus que de s’échiner à tenter vainement de lister exhaustivement chaque inspiration qui fait la musique de Saint Sadrill, c’est justement de voir comment les musiciens se plaisent à déconstruire les frontières de chaque styles, à les entremêler jusqu’à arriver à ce qui fait leur esthétique. Sur scène les musiciens sont investis et marchent ensemble vers le public. Parfois martelée parfois légère, la musique du groupe stimule inlassablement par son côté imprévisible.

Chaque musicien est à la fois instrumentiste et chanteur, et c’est un tour de force qu’il convient de saluer, d’autant plus que comme on aurait pu le voir venir cela donne au groupe la possibilité de développer des chœurs très typés qui font partie intégrante de l’expérience Live du groupe. Et tant qu’à faire des salutations, il est de bon ton de reconnaitre le travail réussi des arrangements Live des morceaux enregistrés en 2016 sur l’EP (« Building Landscapes »). A la base enregistrés par le seul chanteur, il est désormais possible de reconnaitre les morceaux du groupe tout en étant fréquemment pris à contrepieds par les possibilités qu’offrent la présence de six musiciens sur scène. En résulte une immanquable sensation de fraîcheur au cours du set. Tantôt aérienne tantôt en profondeur, à la fois introspective et explosive, la musique de Saint Sadrill est un funiculaire au-dessus de la morne zone du confort, et le public ne s’y trompe pas.

Tout, des digressions vocales aux délires percussifs en passant par la transe du vibraphone viendra marquer d’une empreinte reconnaissable entre mille le tympan en quête de découverte.

 

Il sera ensuite temps pour Leïla Huissoud de s’approprier l’espace scénique le temps d’une courte demi-heure. L’auteure-compositrice n’en n’est depuis longtemps plus à son coup d’essai et de nombreux visages dans la fosse se seront illuminés dès l’arrivée des deux musiciens sur scène. Majestueuse comme à son habitude, Leïla a de nouveau fait vibrer la foule par sa fragilité affichée, dont tout le monde connaît désormais la dimension scénique. D’une interprétation aussi juste les publics des salles plus ou moins obscures ont tendance à perdre l’habitude.

La musique de Leïla Huissoud c’est si l’on veut un peu comme une recette de cuisine, qui aurait cela de particulier qu’elle serait simple en termes d’ingrédients, mais qui démontrerait un aspect incroyablement complexe lorsqu’on en viendrait aux dosages de chacun d’eux. Nuls doutes lorsqu’on la voit sur scène que la chanteuse est la seule maîtresse des dosages et que les années à peaufiner la préparation ont permis à l’artiste de présenter aujourd’hui une recette inégalable.

L’humour, l’intime, les mises en abîme et les déchirements rythment le set de la chanteuse, merveilleusement supportée par son acolyte chanteur-instrumentiste dont la complicité est radieuse sur scène. Ici aussi il convient de saluer l’extraordinaire travail réalisé sur les textes, chantés dans leur intégralité en français. Une telle fraîcheur dans la musique chantée dans notre langue est devenue rare et Leïla marche fièrement sur son chemin, consciente des traces laissées avant elle par les grands artistes qui se sont épanouis dans cet exercice. C’est le sourire vissé au visage que Leïla se plaît à décliner niaiserie et autodérision.

L’artiste aborde les sujets qui la compose, en tant que musicienne mais également en tant que femme, distille ses venins comme pour en partager les germes d’une certaine manière sans jamais verser dans le guimauve. Le regard des autres, l’amertume, la mélancolie et le désabusement viennent racler la gorge de la chanteuse qui éraille ses textes dans une complainte poignante. C’est en se mettant les nerfs à vif que Leïla Huissoud transcende son auditoire, lequel restera mué dans un silence quasi-religieux, ponctué ça-et-là de rires arrachés par les prises de parole de l’artiste. Un silence qui viendra se briser d’autant plus fort contre la vague d’applaudissement venant accueillir les dernières notes du duo.

 

La suite à venir très prochainement avec les formations Pratos et Parquet. C’est bon c’est bon !!

 

Crédits des photos de Leïla Huissoud : Fabrice Buffart 

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