Si le nom de Rami Khalifé pourra raviver des souvenirs dans la mémoire de certains adeptes de musique à la croisée des influences, c’est parce que ce dernier n’en n’est pas à son coup d’essai. Co-fondateur du groupe électro-classique « Aufgang » aux côtés du pianiste et compositeur Luxembourgeois Francesco Tristano, le musicien a livré entre 2010 et 2016 trois albums dont la qualité s’est imposée comme une évidence et dont il serait opportun d’écrire quelques mots dans ces chroniques à l’occasion. Cependant, l’histoire de Rami Khalifé en tant qu’artiste ne pourrait pas seulement se résumer à Aufgang.

Né il y a 37 ans à Beyrouth de parents musiciens, Rami Khalifé s’est rapidement illustré en tant que pianiste soliste dans de prestigieuses formations à travers le monde. Diplômé de l’école Julliard de New York, le jeune musicien a multiplié les tournées aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Asie ou encore à travers l’Europe tantôt aux côtés de l’Orchestre National de France, du Globalis Orchestra, du Philadelphia Chamber Orchestra ou du Qatar Philharmonic pour ne citer qu’eux. Passé maître dans l’art de l’improvisation sur les touches de son piano, passionné de musiques du monde, compositeur occasionnel d’œuvres contemporaines pour orchestres et de bandes sonores de divers films et documentaires, l’œuvre de Rami Khalifé est large on ne pourrait que vous inciter à prendre le temps de découvrir cet artiste plus en détails. Aujourd’hui basé entre Sydney et Paris, le musicien aux multiples facettes nous livre une production profondément personnelle, un album solo.

Continuum” – issue de l’album LOST par Rami Khalifé :

Tourné au Liban par Francois Rousseau. Dance: Alexandre Paulikevitch

« Lost », sorti le 9 novembre et composé de 13 pistes, propose une vision moderne et passionnante du piano. Les premières notes, sauvagement plaquées, déchirent le silence. C’est la promesse d’un voyage transcendantal au cœur de l’intimité du piano, instrument de prédilection de Rami Khalifé. De prime abord très sombre et percussif comme le suggère le morceau d’ouverture « Génèse », l’album est en réalité une succession de tableaux complémentaires. Plusieurs morceaux laissent aussi la part belle au chant, nous offrant ainsi des mélodies fortes et intimes.

Ecouter L’album sur Deezer

Parfois subversives, parfois douloureuses ou rêveuses, les compositions de « Lost » transportent le piano vers des sphères audacieusement futuristes. Jugez-en par la folie nerveuse de « Spotlight » ou l’irrésistible électro-acoustique de « Resist Part2 ». Des grands moments de bravoure musicale qui séduiront de la même façon les amoureux de longue date d’Aufgang que les nouveaux venus dans l’univers de Rami Khalifé. Baroque, classique, psychédélique, électronique, « Lost » est tout cela à la fois. L’album se permet des moments de pure douceur autant que des fulgurances extraordinaires, et ce parfois à l’intérieur d’un même morceau (le crescendo vertigineux de « The Dangling Rope » par exemple, petit chef-d’œuvre de mélancolie).

 

« Lost » nous rappelle que la musique est plurielle, même faite en solo. L’album fini, une fois rêveur, on est aussi « Lost » que l’on pourrait l’être, mais on reste surtout ravis de la découverte, de s’être laissé prendre au jeu de l’artiste. Rami Khalifé déroule dans cet album une vision singulière du piano solo, et nous laisse entrevoir les directions insoupçonnés que cet instrument peut prendre, pour peu qu’on souhaite l’y emmener. Avec « Lost »Rami Khalifé s’adresse à nous et nous invite à oser.

 

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