Il y a 1 an (et deux jours) sortait « Long Awaited Journey », album obscur d’un artiste obscur à propos duquel il semblait pour ainsi dire que personne ne savait rien. Ni une ni deux, je me lançais alors dans une écoute qui allait changer pour de bon mon rapport à la musique orchestrale et électronique. Les procédés parfois trop marginaux de certains artisans du son ne leur permettant pas d’être reconnus à leur juste valeur, ces derniers avancent bien souvent dans l’ombre des projecteurs médiatiques. L’artiste dont on s’intéresse aujourd’hui est de par bien des aspects membre de cette grande communauté de musiciens férus d’innovation, intimement liés à leur rapport à la composition.

Alon Mor est un artiste entouré d’une épaisse strate de mystère. On sait très peu de choses sur lui, les informations à son sujet étant rares sur la toile ce qui rend son approche avant-gardiste de la musique d’autant plus énigmatique. Ce que l’on sait d’Alon Mor est à la fois bref et impressionnant : Né en Israël en 1997, ce jeune compositeur d’à peine 21 ans a déjà sorti par ses propres moyens deux EP et deux albums dont celui dont sur lequel nos oreilles se penchent aujourd’hui, sorti le 17 Novembre 2017 : « Long Awaited Journey ». Extrêmement confidentielle car entièrement auto-produite, l’œuvre d’Alon Mor n’en est pas moins une véritable mine d’or de travaux inédits. Par dessus le marché et malgré son talent, le jeune compositeur est loin d’avoir la grosse tête : Il y a quelques mois, alors qu’il annonçait l’arrivée d’un prochain album en 2019 (tellement hâte !), il demandait sur Facebook à qui voulait bien de lui faire des retours sur « Long Awaited Journey », pour savoir ce qui pouvais être amélioré. Ce à quoi peu bien entendu peu de gens ont osés répondre tellement le travail du jeune homme est époustouflant.

Venons-en désormais au cœur du sujet. « Long Awaited Journey » est sans équivoque de nature orchestrale. Les férus de composition (néo)classique trouveront dans cet album des perles d’orchestration. La disposition des 11 titres de l’album suppose un voyage au cœur d’une vision tourmentée de la musique savante, tiraillée entre dérives électroniques désarticulées et grandes phases oniriques issues des musiques de film. « El Despertar » ouvre à l’auditeur les portes d’un monde féerique, où la légèreté naïve ne dure pas et se fait rapidement rattrapée par l’écrasante pénibilité d’un crescendo irréel. On imagine très bien cette ouverture, très visuelle, convenir à la bande sonore d’une quelconque fantaisie cinématographique. Si l’on peut espérer le temps d’un instant avec « Mania » la possibilité d’un voyage tranquille au gré d’une orchestration éthérée, l’illusion tourne court et viens se faire tacler de la plus belle manière par la rage électronique des véhémences dub-step du compositeur. « Mania » est le premier pas d’un voyage encore jamais entrepris dont on réalise soudain le caractère impératif.

Que l’on aime Alice au Pays des Merveilles, la dub-step, l’opéra, le métal progressif, le piano, la musique contemporaine ou les gens qui pleurent (oui oui, vous avez bien lu), on reste scotché devant « Long Awaited Journey ». La composition est belle, et passe du calme à la tempête, du délicat au mystique en moins de temps qu’il n’en faut pour le voir venir, et ce sans casser le rythme (ce qui constitue un véritable tour de force). La profondeur de « Presudeos » est poignante, et instaure un élément clé de l’œuvre d’Alon Mor dans « Long Awaited Journey » : la narration. Cette voix, qui rappellera à certain le personnage d’Elliot Alderson dans Mister Robot, est le fil d’ariane du voyage. Avec son aspect sérieusement dérangeant et lorgnant vers des dimensions cauchemardesques, on l’entend ça-et-là haleter au fil des morceaux, et même fondre en larmes à certains moments. Une voix qui annonce souvent l’arrivée de l’électronique dans la composition, ce que l’on ne saurait considérer comme une coïncidence.

Chercher à détailler minutieusement le processus créatif à l’œuvre dans « Long Awaited Journey » serait certainement vain. Nous conseillons plutôt (et surtout !) l’écoute attentive de l’entièreté de ce monument de la musique moderne, qui ne ressemble à rien d’autre, qui redéfinit pour et par lui-même les codes de la musique à venir. Classique, électronica, cinématique et tellement d’autres choses, rien n’est interdit au sein de l’extraordinaire voyage qu’est « Long Awaited Journey ». Pour comprendre plus en profondeur la démarche artistique d’Alon Mor, nous vous conseillons vivement de prendre le temps de lire sa biographie sur son site internet que vous trouverez  en cliquant ici. Pour moi c’est un coup de cœur au delà des mots. Bonne écoute :

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